Eh oui, lors des tous débuts de la firme à la pomme, il y avait une troisième personne... Qui n'est pas resté longtemps dans la société, d'où l'oubli de son nom dans l'Histoire de la micro.

En ce moment est la mode des garage days : entretenir le mythe des quelques informaticiens chevelus et passionnés qui créent durant leur temps libre l’ordinateur qui va révolutionner le monde. Apple n’y fait pas exception et pose le mythe des deux steve, Jobs et Wozniak, qui créent l’Apple I dans leur garage…
Mais la vérité est ailleurs, puisque la firme fait tout pour cacher le troisième créateur d’Apple.

Tout commence dans la chambre de Steve Jobs, qui a alors 21 ans, et habite toujours ses parents. Les travaux avancent bien, si bien que la chambre se révèle vite trop exiguë pour accueillir le matériel, qui finira dans le garage de la même maison. Les début d’Apple n’ont donc pas commencé dans un garage mais dans une chambre. Le mensonge n’est pas de taille, mais comme nous allons le voir par la suite, le meilleur reste à venir.

Apple a été créé le 1er Avril de l’année 1976, mais il y avait trois fondateurs : Jobs et Wozniak, bien entendu, mais une autre personne, Ronald Gerald Wayne, âgé de 41 ans.
Jobs travaillait chez Atari, et c’est là qu’il fit la connaissance de Wayne. Malgré la différence d’âge, les deux hommes se prirent d’amitié. Déjà à cette époque, Jobs avait les dents longues, et les discussions entre les deux compères tenaient plus de la philosophie économique que du gameplay des jeux de l’époque. Lors de la création d’Apple, il fut offert à Wayne dix pour cent des actions d’Apple.
Le challenge était de taille, de nombreuses petites boîtes de ce genre commençaient à se lancer dans l’aventure, mais tous y croyaient. Wayne, tout en continuant de bosser chez Atari, passait ses soirées, et parfois ses nuits, à travailler sur le logo de la firme ainsi que sur la documentation du futur Apple I.
En effet, l’un des premiers travaux de Wayne fut de réaliser le logo de la firme qu’ils venaient de créer. Il fit ainsi un logo sous forme de gravure, très orienté belle époque, qui représentait Isaac Newton en train d’étudier sous un pommier, la pomme qui allait lui tomber sur la tête bien en évidence dans l’arbre.
Le logo n’a pas été utilisé longtemps, Jobs le trouvait trop compliqué, tant à comprendre, qu’à reproduire en petite taille. Il sera alors demandé à Rob Janov, en avril 1977, de le revoir. Janov commença par faire une pomme en noir et blanc, mais ce n’était pas assez. Il ajouta le coup de dents sur la droite, à cause d’un jeu de mot : bite (mordre en anglais), et byte (bit en anglais). Mais ce n’était pas encore assez, si bien qu’il ajouta les traits de couleur horizontaux que l’on connaît, représentant les capacités de l’Apple II pour le graphisme. Comme le disait Jean-Louis Gassée, président des produits Apple : « l’un des plus grands mystères pour moi est notre logo, le symbole de la convoitise et de la connaissance, dans lequel on a mordu, et traversé des couleurs de l’arc-en-ciel dans le désordre. On ne peut rêver d’un logo plus approprié : convoitise, connaissance, espoir, et anarchie. »
Le logo ne sera modifié qu’en 1997, où Jobs, fraîchement retourné dans la firme qu’il avait créé, décidera de garder la forme, mais de donner au logo une couleur uniforme blanc cristal. Le premier produit à bénéficier de ce changement sera le PowerBook G3 le 6 mai 1998.

Mais retournons aux début d’Apple où Jobs, quand à lui, tâchait de trouver des acheteurs potentiels. Il fera par exemple une présentation de l’Apple I lors d’un des rassemblements d’un club informatique, le Homebrew Comuter Club, où il discutera avec Paul Jay Terrel, patron de la première chaîne de magasins informatique américaine. Ce dernier se déclara très intéressé.
Dès le lendemain, Jobs vint voir Terrel à l’un de ses magasins, à Moutain View et décrocha, à sa grande stupéfaction, un achat de 50 Apple I au pris de 500 dollars chacun ! Le deal ne s’est fait qu’à une seule condition : Terrel désirait des ordinateurs complètement assemblés.

Le prix courrant de l’Apple I 4K original avait été fixé à $666.66 par Jobs, qui permettait de doubler le coût de production, et allouant 33.3 pour cent aux revendeurs du prix de vente en gros de $500. Bien évidemment, les puritains chrétiens crièrent au scandale, arguant que le chiffre 666 était le chiffre de la bête, expression du diable dans l’Apocalypse. Mais Jobs expliqua qu’il avait pris le 7 – nombre contraire du 6 bibliquement – et qu’il avait enlevé 1 – un autre nombre mystique – et était arrivé à ce prix. Jobs voulait mettre le prix de la machine à $777, mais Wozniak trouvait que c’était trop.

Mais il fallait encore et toujours vendre. L’idée principale étant de produire des cartes mères revenant à vingt-cinq dollars et de les revendre cinquante aux utilisateurs qui pourraient les améliorer par eux même. Le problème était que les trois compères ne disposaient pas d’assez d’argent pour avancer tous les frais de fabrication des cinquante machines de Terrel. Ils devront alors emprunter. La pari étant de plus en plus risqué, Wayne se faisait énormément de soucis. Chat échaudé crains l’eau chaude, car il avait vu quelques années auparavant s’échouer la firme qu’il avait créée, avec tous les soucis que cela peut causer, tant en terme moral que pécuniaire. N’étant pas convaincu que Terrel respecterait ses engagements et achèterait les cinquante micros, et voyant Jobs qui semblait partir dans toutes les directions, il décide le 12 avril 1976 de revendre ses parts contre huit cents dollars en cash. Mais cela ne veut pas dire qu’il sort totalement d’Apple, il continue tout de même à bosser pour eux, en fabriquant un boîtier pour la machine entre autre.
Tout le monde travaille d’arrache pied pour finalement apporter les ordinateurs à Terrel le 29 Avril. Mais lorsque Jobs lui présente des cartes mères seules, ce dernier est pour le moins étonné : pour lui, complètement assemblé voulait dire boiter, clavier et écran ! Mais une parole étant un parole, Terrel teint son engagement et acheta les ordinateurs. Soit huit mille dollars de profits en moins d’un mois pour Apple !

Jobs désirait alors étendre au maximum les activités d’Apple, en produisant plus de machines, mais le problème était l’investissement demandé, qui requérait plus d’argent que n’en générait les revenus occasionnés par la ventes des machines.
Jobs prit conseil auprès de son ancien patron, Nolan Bushnell, qui lui conseilla d’aller voir Don Valentine, patron de la société Sequoia Capital. Ce dernier ne fut pas intéressé mais l’aguilla vers Armas Clifford Markkula Jr. qui venait de se faire une petite fortune avec ses stocks options de chez Intel et Fairchild Semiconductor.
Après quelques entrevues, les deux hommes montent un bisness plan. Markkula calcule qu’à la vue des ventes dans les quatre magasins partenaires du moment, et en tâchant d’augmenter les points de vente, le marché peut évoluer de cinq cent millions de dollars en dix ans. L’occasion est trop belle, et Markkula investi quatre vingt douze mille dollars de sa propre poche et apporte deux cent cinquante milles autres en crédit à la Bank of America. Il est à noter que Markkula a écrit quelques programmes aux début de l’Apple II, qu’il distribua gratuitement sous le nom de Johnny Appleseed.
Apple Computer est créé le 3 janvier 1977. Afin d’éviter tout problème, le partenariat monté l’année précédente est acheté $5,308.96, et Wayne recevra un tiers de cette somme, afin d’éviter tout problème s’il réclame sa part. Ce dernier est pour le moins blasé d’avoir laissé passer une si belle occasion de monter une entreprise en bonne santé…
On pourrait aisément imaginer que Wayne s’en veut énormément d’avoir fait une telle erreur, mais, comme le reconnaît aussi Jobs, c’était la bonne solution à l’époque, l’entreprise étant vraiment hasardeuse. Wayne lui-même ne s’en veut pas. Jobs lui proposera au fil des années de revenir chez Apple en tant que salarié, ce que Wayne refusera, et continuera de travailler chez Atari jusqu’en 1978 où il ira chez Lawrence Livermore Labs. Il ouvrira un magasin de timbres, pièces et autres sujets de collection à Dempsey Street à Milpitas. Les problèmes de 1982 au niveau des timbres le pousseront à fermer son magasin, tout en continuant son activité de chez lui. Après un boulot éclair à Scientific Technology System, il rejoindra Thor Electronics, en Californie, où il travaille toujours.

Le début d’une des plus grandes aventures de l’économie américaine était posé. Quand on sait que Jobs et Wozniak, avant de vendre leur Apple I, vendaient des blue boxes à quarante dollars, des appareils permettant de téléphoner gratuitement, on voit le chemin parcouru !
Au sujet de ces blue boxes, on peut mentionner que lors de leur présentation, Jobs et Woz se présentant sous des faux noms, avaient téléphoné au Vatican, et, se faisant passer pour Henry Kissinger, demandèrent à parler au Pape. On leur répondit que ce dernier dormait, mais qu’il était possible de le réveiller. Perdant son sang froid, Jobs raccrocha.