La Jaguar CD n’est pas à proprement parler une console de jeux, puisque ce n’est en réalité que le support CD-Rom dédié à la fameuse 64 bits d’Atari.
Un tel accessoire n’est pas très étonnant. La console offre une puissance assez impressionnante pour l’époque, mais le support cartouche ne lui rend pas vraiment honneur.

Beaucoup plus chères qu’un CD et embarquant un nombre bien plus limité de données, les cartouches auraient dû s’effacer devant l’avènement du CD-Rom… Encore une fois avec cette console, les gens de chez Atari vont tout faire en dépit du bon sens.
Annoncé pour l’été 1994, il ne sortira finalement qu’après de nombreux retards, en septembre 1995. En France, c’est même la console qui peine à sortir, prouvant qu’Atari est clairement en perte de vitesse. On trouvera donc très peu de modèles dans l’hexagone. Pourtant, à 150 dollars, l’argument du prix est vraiment excellent.

Le lecteur CD de la Jaguar. Il s'intègre très bien sur la console.
Le lecteur CD de la Jaguar. Il s'intègre très bien sur la console.

Esthétiquement, le module se clapse sur le port cartouche. Afin d’éviter de switcher entre ce support CD et les vieilles cartouches de jeu, un second port cartouche est intégré à l’arrière. Une fois encore, pas de protection contre la poussière pour les contacteurs. Le tout s’intègre par contre de fort belle manière.
Techniquement, la machine est assez étonnante. Le lecteur CD est un classique double vitesse, mais il n’est pas compatible avec la norme standard (ISO-9660). Pour lire les pistes, les programmeurs doivent placer la tête de lecture directement sur le disque, comme si c’était un simple disque audio ! De plus, la gestion des erreurs ne se faisait pas puisque c’était un simple lecteur audio. L’avantage est qu’il y a plus de place (790 Mo) que sur un CD-Rom à la norme… Mais quelle plaie pour les développeurs qui doivent alors rivaliser d’ingéniosité pour éviter que tout ne foire ! Pour vous donner une idée : avec les premiers kits, pour localiser un fichier sur le CD, il fallait le faire en heures / minutes / secondes. Je vous laisse imaginer les crises de nerfs en séries que cela a pu engendrer.

Le kit de développement n’est pas une flèche non plus, et comme la durée de vie du support a été extrêmement réduite, ce dernier n’a pas pu être amélioré comme il se doit. Par exemple, pour se mettre à l’œuvre, il fallait une Jaguar Customisée, un Falcon (pour émuler le CD), un Mac (pour encoder en Cinepak) et un PC. Rien que ça !
Pour revenir à Cinepak, c’est tout simplement un codec assez bien foutu qu’Atari a racheté à une entreprise externe… Le problème c’est qu’il est très gourmand et ne laisse plus assez de mémoire pour permettre d’encoder des jeux dignes de ce nom. D’autres codecs, développés maison, on donc vu le jour chez les courageux qui ont persévéré pour apporter leur pierre à l’édifice de la Jaguar CD.
Les jeux CD ne pouvant bien entendu pas être sauvegardé, des cartouches mémoires ont été vendues afin de permettre d’effectuer des sauvegardes. Pour des jeux comme Myst, ce n’est vraiment pas du luxe !

La boîte du Jaguar CD.
La boîte du Jaguar CD.

Aucun jeu n’est présent en ROM, si ce n’est un player audio couplé à ce qu’Atari appelle le VLM (Virtual Light Machine), un petit programme qui génère des figures géométriques sur le rythme de la musique. C’est très limité mais visuellement vraiment sympa.
La machine est livrée avec un pack de quatre CD. On passe bien vide sur la bande originale de Tempest pour voir les jeux. Vid Grid est clairement présent pour en mettre plein la vue. Simple puzzle game où il faut reconstituer non plus une image mais carrément une vidéo à partir de carré séparés (comme un rubixcube simple face), c’est techniquement très bon mais ludiquement très limité.
Blue Lightening est un jeu de shoot avec une vue en profondeur. Les vidéos d’intro sont impressionnantes, mais le jeu ne fait finalement pas vraiment honneur au support et se place au niveau de la moyenne de la logithèque Jaguar, c'est-à-dire très médiocre.
Le plus intéressant vient bien entendu de la démo de Myst, l’un des seuls jeux du support à être réellement intéressant (avec Highlander, un jeu d’aventure reprenant la moteur d’Alone In The Dark). La version complète est bien entendue sortie, mais il faut alors l’acheter à part.
Beaucoup de jeux sont annoncés, mais Atari va mettre la clé sous la porte très rapidement et beaucoup resteront inachevés. Certains sortiront quelques années après la mort de la machine grâce à la hargne de certains fans très méritants, tandis que d’autres resterons inconnus à jamais de nos petits doigts moites d’excitation.

Un petit mot sur la protection des CD. Il paraitrait qu’ils sont gravés bizarrement afin d’empêcher la copie. Actuellement, il semble qu’il n’y a aucun problème pour faire des sauvegardes de ses jeux. Les graveurs et logiciels actuels acceptent bien les choses sans rechigner.
Enfin, il faut savoir que cet accessoire n’est pas zoné, vous pouvez donc sans soucis faire tourner des jeux américains ou de n’importe quel pays.

Les quelques jeux qui étaient offerts avec le lecteur. Seul Myst vaut le coup, mais ce n'est qu'une démo.
Les quelques jeux qui étaient offerts avec le lecteur. Seul Myst vaut le coup, mais ce n'est qu'une démo.

Alors, la Jaguar CD, une console aussi mauvaise que sa grande sœur à cartouches ? Non, elle est bien pire. J’entends déjà les amateurs de Jaguar hurler à la mort, et ils n’ont pas tord. Je m’explique donc.
La Jaguar d’Atari n’est pas techniquement une mauvaise console, elle a simplement pâti durement de l’incompétence latente de pas mal de pontes de la firme, ainsi que d’un manque de moyens flagrant. Ce qui fait une console, ce sont les jeux, et là, le fait est qu’à part quelques exceptions, le tout est très moyen.
Pour la version CD, c’est la même chose poussée à son paroxysme : plus d’erreurs, moins d’argent… bref, plus près de la fin. Le tout épaulé par des problèmes techniques que la version cartouche n’avait pas (le kit de développement était très limité mais restait correct, ce qui n’est pas le cas de la version CD), il n’en fallait pas plus pour précipiter cette machine dans les limbes.
Un beau gâchis, qui explique certainement l’attitude extrémiste de certains joueurs de l’époque.

Atari Jaguar CD côté technique

Prix d'origine : 149.99 dollars