Au départ le projet qui donnera la Lynx n’est absolument pas d’Atari, mais de Epyx. Cette société est connue pour pas mal de jeux sympathiques dans le milieu des années quatre-vingt, comme California Games.

Le projet du nom de Handy, se rapportant logiquement à une console portable, est lancé. Dans l’équipe, on compte principalement Dave Needle et R.J. Mical. Les recherches avancent, mais il apparait de plus en plus impossible aux ingénieurs et responsables de la commercialisation de sortir la console en interne. Il faut donc trouver de l’argent et revendre le projet à une société qui aura les moyens de mener un tel projet à terme.
Une des premières sociétés contactée est Nintendo. Cela n’est pas étonnant, elle a remis à flot l’industrie de la console de jeu avec sa Nes en 1985, peu de temps après le crash de l’année précédente. Ce dernier déclinera l’offre, puisque la firme au plombier travaille elle-même sur une console portable qui deviendra la Game Boy.
C’est finalement Atari qui reprendra le projet pour lui donner la suite que l’on connaît. Avec les droits techniques, ce sont les droits de quelques uns des jeux les plus connus d’Epyx qui sont cédés.

La première présentation de la console intervient durant le CES de 1989. A cette époque il n’existait pas de marché de la console portable. On a bien la Microvision en 1981, mais elle est plutôt classée comme un jeu électronique plutôt qu’en tant que réelle console portable. Pourtant, cette fin des années quatre-vingt marque le lancement de la première vague de consoles portables. Atari se trouve ainsi confronté à la Game Boy de Nintendo, annoncée à peu près en même temps.
Les objectifs des deux machines sont totalement différents : la Game Boy est limitée techniquement, noir et blanc, mais propose une petite taille et une bonne autonomie. La Lynx quant à elle, dispose de caractéristiques techniques alléchantes, mais est volumineuse et très gourmande en piles. Chacune à des défauts et des qualités en somme. Des camps se créent déjà et la guerre commence entre les partisans des différentes parties.
La portable d’Atari sort à la fin 1989 et coûte 199 dollars. Le prix est assez élevé, surtout face à une Game Boy au mieux de sa forme. La Lynx propose, en plus de ses bonnes caractéristiques, la possibilité de jouer en tant que gaucher en inversant l’écran, et de jouer jusqu’à sept en réseau. Mais peu de jeux utiliseront cette possibilité.

Les jeux. C’est bien là que le bas blesse pour cette superbe petite console… Atari est en grande partie responsable du crash de 1984 qui a tué bien des consoles. Permettant aux éditeurs tiers d’inonder le marcher de jeux tous plus moyens les uns que les autres sur sa 2600, les joueurs se sont lassés et se sont tournés vers les micros. Cette image lui colle encore à la peau, et ce n’est pas le succès de sa gamme ST qui va infirmer cette donne.
Au contraire, Nintendo et sa NES a su conquérir un marché que tout le monde voyait en déclin irrémédiable. Lorsque l’on est éditeur tiers et que l’on veut vendre le plus possible de jeux, de quel côté va-t-on ? La réponse est simple. En dehors des jeux Atari et des reprises de Epyx, peu de jeux de qualité sortent sur Lynx.

Néanmoins, Atari continue ses efforts, et avec force de campagnes marketing, sa console ne se vend finalement pas si mal que cela. Pourtant le sort va continuer de s’acharner : Sega sort sa Game Gear en 1991. Cet autre géant nippon bénéficie d’une ribambelle d’éditeurs prêts à lui fournir des hits en puissance. Il n’est certes pas à la hauteur d’un Nintendo, mais Atari a tout de même bien du mal à faire face…
La Lynx 2 verra le jour afin de tenter de contrer la nouvelle venue. Proposée à 790 francs chez nous, elle dispose d’un look bien plus sympathique et moins grossier, et une taille sensiblement réduite. Le reste des possibilités sont toujours présentes. L’écran est bien plus lisible aussi. Mais cela ne suffi toujours pas, et peu à peu les Lynx vont disparaître des étals… La suprématie de la Game Boy n’en est qu’à ses débuts.

Atari annonce officiellement l’arrêt du support de sa Lynx en 1995, mais cela fait déjà deux ans que dans la pratique on n’entend plus parler de la portable. Une bien triste fin pour une console qui avait un fort potentiel ludique.

Atari Lynx côté technique

Microprocesseur : 6502 cadencé à 16 Mhz soutenu par 2 coprocesseurs
Vidéo : écran LCD couleur, rétroéclairé de 9 cm de diagonale, résolution de 160*102, palette de 4096 couleurs
Son : 32 bits, 4 canaux
Prix d'origine : 199 dollars