Azul, c’est l’un des jeux phénomènes de l’année 2018. Il fait partie de cette petite élite qui a réussi à rafler deux des plus gros prix européens : l’As d’Or et le Spiel des Jahres.

Un jeu où il est question de carrelage


Oui, bon, dit comme ça, il est clair que Azul ne doit pas vous faire trop envie… Sauf si vous avez déjà regardé les quelques photos qui parsèment cet article.

Le matériel d’Azul est clairement l’un de ses points forts. On dira ce ce que l’on veut, mais quand de bonnes mécaniques sont alliées à matériel de qualité, l’ensemble est agréable à utiliser et le côté tactile des jeux de plateau reste quelque chose d’important à mes yeux.

Et là, force est de constater que c’est du grand art. Les petites tuiles ne sont pas en carton, mais en plastique peint très sympa à manipuler.

Azul vous plonge au cœur du Portugal du XVIème siècle et ses azulejos, des carreaux de faïence finement décorés. C’est magnifique, coloré, et le jeu le rend très bien.

Votre but : accumuler les tuiles identique dans les rangées de gauche pour les placer sur la partie de droite.
Votre but : accumuler les tuiles identique dans les rangées de gauche pour les placer sur la partie de droite.

Oui, les mauvaises langues pour qui Portugal = Maçonnerie constateront que les portugais savent faire de très belles choses, et avec autre chose que du ciment.

Comment on joue à Azul ?


On dispose au centre de la table un certain nombre de ronds, qui ressemblent fort à des dessous de verre mais représentent en réalité des fabriques d’azulejos. Au début du tour, on pioche aléatoirement quatre tuiles que l’on place sur chaque fabrique.

A son tour, le joueur a le choix entre :
- Piocher toutes les tuiles d’une même couleur sur l’une des fabriques. Il place alors les tuiles restantes au centre de la table
- Piocher toutes les tuiles d’une même couleur au centre de la table. Le premier joueur à le faire prend le jeton 1er joueur, ce qui lui coûtera un point en moins lors du décompte des points de fin de manche

Il doit ensuite placer ses tuiles. Devant lui se trouve son plateau individuel, composé d’un carré de 5x5 cases sur lequel placer ses tuiles… Mais pas tout de suite !

De l’autre côté se trouve l’étape de fabrication qui permettra de placer les tuiles. Elle se compose de cinq lignes qui se composent respectivement de 1, 2, 3, 4 et 5 tuiles. Le joueur doit alors placer ses tuiles de façon à réaliser des lignes complètes d’une même couleur. Bien entendu, il lui est interdit de faire une ligne avec des couleurs différentes.

L'air de jeu, où vous devez prendre toutes les tuiles d'une même couleur sur le cercle de votre choix.
L'air de jeu, où vous devez prendre toutes les tuiles d'une même couleur sur le cercle de votre choix.

S’il a trop de tuiles, elle tombent “sous le plancher” et se placent sur la ligne du bas .Cela vous enlèvera des points lors de la phase de décompte.

Une fois que toutes les tuiles dans les fabriques et au milieu de la table on été prises par les joueurs et placées sur leurs lignes, la manche est terminée et on compte les points.

Pour toutes les lignes complètes, vous pouvez placer la tuile sur l’emplacement correspondant à sa couleur sur le carré de droite et compter les points. La tuile compte pour un point, plus un point supplémentaire par tuile à laquelle elle est adjacente. Autant dire qu’il y a moyen de faire des combos sympathiques.

Si la ligne n’est pas complète, vous devrez la compléter lors du tour suivant.

La partie se termine dès qu’un joueur a complété une ligne de cinq tuiles horizontales. On compte alors les points bonus gagnés par colonne complétée, par ligne complétée, et par couleur complétée (c’est à dire que l’on a placé les 5 tuiles de même couleur sur son espace de jeu).

Le matériel est splendide, et facile à ranger !
Le matériel est splendide, et facile à ranger !

Un principe finalement très abstrait


Derrière son principe assez simple - bien que j’imagine que je n’ai pas expliqué ça de la plus belle façon qui soit dans le paragraphe juste au dessus - se cache un jeu finalement totalement abstrait.

On prend plaisir à manier le matériel et, même si on n’a jamais l’impression de fabriquer des carreaux de faïence, on garde un côté esthétique indéniable.

Et c’est très certainement ce côté esthétique qui fait que le jeu est souvent apprécié par les non-joueurs (notamment les demoiselles), ces gens qui nous sortent un “ah ouais le Monopoly” quand on leur dit qu’on joue à des jeux de société.

Les règles sont très simples et permettent à tout le monde de s’y adonner, que l’on soit fan de jeux de société modernes ou pas… Et c’est clairement là la grande force d’Azul.

Les joueurs aguerris y trouveront le plaisir de l’optimisation de points, le fait d’espérer que ce #@&ù!# d’en face ne me pique pas les tuiles que je lorgne depuis deux tours ou encore le fait d’élaborer sa stratégie en fonction des hasards de la pioche.

Car s’il est facile de compléter la première ligne - bah oui, avec une seule tuiles vous n’allez pas trop peiner - c’est tout autre chose avec la ligne du bas qui demande cinq tuiles...

En fonction du nombre de joueurs, les sensations sont un poil différentes. A deux, il faudra bien surveiller l’autre, tandis qu’à trois ou quatre les tuiles sont plus nombreuses et le côté opportuniste est souvent beaucoup plus présent. Il n’y a pas vraiment de meilleure configuration à mes yeux, toutes sont différentes mais fonctionnent parfaitement bien.

Un succès monstrueux


Pour l’un de ses premiers jeux publiés, Plan B Games fait très fort. Il faut dire que l’éditeur n’est pas issu de nulle part. A sa tête, on retrouve Sophie Gravel, fondatrice de Filosofia, société qu’elle a quitté lors de son rachat par Asmodée.

L’auteur non plus ne sort pas de nulle part, loin de là. Michaël Kiesling n’en est pas à son premier jeu. Tikal, Vikings, Gueules Noires, pas mal de ses jeux sont bien connus des aficionados de jeux de plateau.

Et il n’est pas non plus étranger aux prix, puisqu’il avait déjà reçu le Spiel des Jahres en 1999 avec Tikal et en 2000 avec Torres. Azul est donc son troisième Spiel, plutôt le classe non ?


Azul, un jeu pour 2-4 joueurs de Michael Kiesling, illustré par Philippe Guérin et Chris Quilliams, édité par Plan B Games pour des parties d'environ 30-45min.
Age conseillé : 8+.
Excellent !

Azul

Azul mérite ses distinctions prestigieuses : il est très simple et très agréable à jouer. idéal pour proposer un jeu de société à des personnes qui n’ont pas l’habitude de jouer. Après, au bout d’un certaine nombre de parties, cela s'essouffle un peu, la faute à un certain manque de renouvellement entre les parties. Mais les mécaniques très pures permettent de s’y remettre avec plaisir de temps à autre.

La note : 5/6 (Excellent !)