A la fois craint et diablement attendu, le premier chapitre next-gen de la mythique saga Castlevania débarque finalement fin 2010, mettant ainsi un terme à des mois d'attente durant lesquels visuels et vidéos ont fait baver tous les fans les plus impatients de l'œuvre de Konami. Essai transformé ou passage au HD raté? Réponse à suivre...

Avant toute chose, un petit pitch s'impose concernant l'édition collector US que votre serviteur a eu la chance de se faire offrir à Noël. Cette dernière se présente comme un boitier en carton épais, reprenant le design d'un livre. Ce dernier s'ouvre tout d'abord sur un Artbook de quarante pages, contenant autant d'illustrations toutes plus magnifiques les unes que les autres. Vient ensuite un CD audio de vingt pistes, reprenant les thèmes les plus marquants du soft. Enfin, la dernière partie du « livre » contient bien évidemment le jeu en lui-même (réparti sur deux DVD) ainsi qu'un manuel assez inutile au vu de son faible contenu (cinq pages seulement par langue). Le tout est enfiché dans un fourreau en plastique transparent, laissant apparaître une jolie illustration en relief représentant le héros du jeu.

Ce dernier n'est autre que Gabriel Belmont, membre de l'ancestrale Confrérie de la Lumière. Depuis quelque temps déjà, le monde est rongé par les ténèbres et semble se diriger inexorablement vers sa perte, le lien reliant le Ciel et la Terre ayant été rompu. Afin de contrecarrer le mal, Gabriel est envoyé par ses supérieurs avec pour mission de vaincre les trois Seigneurs de l'Ombre, êtres aussi surpuissants que malfaisants. Un scénario (exposé pendant les temps de chargement à la manière d'un livre s'écrivant petit à petit, une bonne occasion de faire passer le temps durant ces derniers) qui peut paraître simpliste de prime abord, mais qui s'avère finalement sujet à quelques savoureux rebondissements. Au fil des heures de jeu, on apprendra que les intentions et la nature profonde de Gabriel ne sont pas aussi claires que l'on était en droit de le supposer, et que les Seigneurs de l'Ombre ont une origine aussi troublante qu'inattendue. Mention spéciale également pour la fin du jeu qui, si elle présente de flagrantes incohérences avec les autres épisodes de la saga (et notamment Lament of Innocence sur PS2), ne manquera pas de déclencher un irrésistible frisson dans le dos du joueur. Lords of Shadow se présente donc comme un conte mêlant avec brio heroic fantasy et onirisme, le tout dans une ambiance gothique portée par une réalisation technique irréprochable.

Le digne descendant de la saga
Le digne descendant de la saga

Qualifier les graphismes de beaux semble en effet relever du doux euphémisme, tant chaque tableau de jeu offre au joueur un panorama plus splendide encore que le précédent. Les différentes zones de jeu sont d'une variété telle, que jamais vous n'aurez l'impression d'arpenter des couloirs pourtant bel et bien présents. Tantôt vous visiterez un sinistre cimetière, tantôt vous vous retrouverez dans les sombres couloirs d'une abbaye avec pour seul éclairage la faible lueur d'une bougie projetant sur les murs d'inquiétantes ombres. Chaque zone intérieure donnera la part belle à un sens du détail exacerbé, avec des décors fourmillant de multiples éléments, tandis que les phases se déroulant à l'extérieur, sublimées par des angles de vue diablement bien choisis et des éclairages d'une beauté sans égal, feront systématiquement couler un filet de bave au coin de votre bouche grande ouverte de gamer béat devant une telle profondeur de champ. Le meilleur exemple de cet état de fait n'est à mon sens autre que la rapide phase de progression vers le château des Vampires, durant laquelle Gabriel arpente un étroit chemin au beau milieu du vide, avec en arrière plan la sinistre demeure de ces créatures maléfiques. D'une manière générale, chaque phase de plates-formes en extérieur sera d'autant plus difficile à aborder que votre regard sera en permanence attiré par la splendeur des arrières plans, mettant votre concentration à rude épreuve. Exprimer par des mots l'émerveillement éprouvé par le joueur dans ces moments de pur ravissement visuel me paraît inconcevable tant la performance est ahurissante. Chaque tableau semble avoir été façonné par un artiste reconnu, et l'aspect cosmétique du soft est en lui-même suffisant pour susciter l'émotion du joueur... La bande son n'est quant à elle pas en reste, avec des mélodies envoutantes accompagnées d'un doublage US de haute volée (pas étonnant avec Patrick Stewart, Robert Carlyle ou encore Jason Isaacs en guise de casting!) contribuant sans conteste à la magnificence du soft.

Mais avant d'être un jeu splendide, Castlevania : Lords of Shadow est un beat'em all. Tirant parti des erreurs commises lors des précédentes tentatives de passage à la troisième dimension, les développeurs ont en effet pris le parti de totalement bouleverser les conventions établies par les précédents opus, en nous livrant un clone de God of War. Vous dirigez donc Gabriel dans une succession de tableaux dotés d'une caméra fixe, positionnée de manière optimale en fonction des tâches à remplir dans la zone. Un affrontement contre plusieurs adversaires? Le point d'ancrage se situera en hauteur pour offrir une vue globale. Une corniche à atteindre un peu plus haut? La caméra passera en contreplongée afin d'offrir un contact visuel direct avec la cible. Malgré quelques (rares) impairs, force est de constater que le résultat est plutôt réussi et rares seront les moments de frustration pour le joueur dus à une caméra mal placée. Pour se défendre, le descendant du clan Belmont troque son fouet contre une « croix de combat ». Si l'évolution peut paraître de taille de prime abord, on remarquera vite que les différences entre cette dernière et le Vampire Killer sont minimes. En effet, la croix de combat est dotée d'une chaine rétractable permettant d'attaquer à longue portée. La touche X est dévolue aux attaques directes (contre un seul adversaire), tandis que la touche Y déclenche des attaques de zone (tournoiement de la chaine tout autour du personnage permettant de toucher tous les adversaires dans la zone d'action). Une efficacité optimale dans l'utilisation de cette arme redoutable passera par l'alternance des deux touches dans le but de déclencher des combos dévastateurs. Au début peu nombreux, ces derniers pourront être achetés entre les niveaux via les points d'expérience glanés en tuant des adversaires, tandis que le protagoniste obtiendra périodiquement de nouvelles reliques pour booster ses capacités naturelles (double saut, amélioration de la croix de combat...). Au final, la richesse à ce niveau s'avèrera assez incroyable, et il y a fort à parier que votre pauvre cerveau humain ne soit pas capable de retenir toutes ces combinaisons de touches...

En plus de ces deux attaques de base, Gabriel sera également capable d'utiliser des attaques secondaires de plusieurs types : fées pour distraire l'ennemi, dagues de lancer en argent idéales contre les lycans, fioles d'eau bénite n'ayant pas leur pareil pour dissoudre les vampires, ou cristaux d'invocation d'une puissance redoutable, chacun de ces atouts pourra être utilisé par un appui sur B une fois attribué à cette touche via la croix directionnelle. Enfin, le saut alloué à la touche A fera partie intégrante des différents combos, puisqu'une grande partie de ces derniers ne seront déclenchables qu'une fois le personnage en l'air...

Gabriel Belmont
Gabriel Belmont

Voilà pour les attaques physiques, qui ne représenteront pas le seul moyen de défense à la disposition de l'ami Gabriel. En effet, la magie revêt une importance capitale dans le gameplay. Cette dernière se divise en deux catégories : la magie de lumière, et la magie de l'ombre. La première, activable via la gâchette LB, est à tendance défensive , tandis que la seconde (RB) revêt une vocation offensive. Si dans leur utilisation de base, ces deux magies auront respectivement pour effet de regagner de la vie (une fois activée, la magie de la lumière permet à Gabriel de récupérer des points de vie de manière proportionnelle aux dégâts infligés aux adversaires) ou de booster la puissance du personnage, de nombreux combos ne seront déclenchables qu'une fois l'une de ces deux magies activées. Bien entendu, l'utilisation de ces aptitudes ne manquera pas de faire descendre la jauge correspondante à vitesse grand V, obligeant à en user avec parcimonie. La récupération de gemmes d'énergie neutre en combat permettra cependant de remplir l'une des deux jauges en pressant l'un des deux sticks. Ces gemmes apparaitront généralement une fois un adversaire défait, mais pourront être collectées bien plus rapidement en utilisant la jauge de concentration. Celle-ci prend la forme d'une barre située en bas de l'écran, et se remplissant au fil des coups portés à l'adversaire. Une fois pleine, chaque nouveau coup donné fera apparaître une gemme. Attention néanmoins, car le moindre dégât subi, même minime, mettra un terme à cette concentration et fera redescendre la jauge à zéro. Ce système assez bien pensé valorise donc l'esquive, poussant le joueur à éviter une approche trop « bourrine » des combats. A noter que les jauges de magie de lumière/d'ombre, au même titre que la barre de vie, pourront voir leur capacité augmentée via la collecte de gemmes spéciales savamment dissimulées dans les niveaux.

Les affrontements ne seront pas pour autant les seules occasions d'utiliser la magie. En effet, de nombreuses énigmes nécessiteront cette dernière pour être résolues. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que les développeurs n'y sont pas allés de main morte concernant leur nombre. Certains niveaux sont ainsi truffés de puzzles que le joueur devra résoudre pour espérer progresser, en collectant les informations nécessaires dans les parchemins trouvés ça et là sur les cadavres éparpillés aux quatre coins des niveaux. Que les réfractaires se rassurent : un simple appui sur Start suffira à déclencher la résolution de l'énigme, non sans perdre un grand nombre de points d'expérience, même s'il serait à mon sens dommage de mettre de côté cet aspect du soft permettant avec brio de rompre la monotonie. A côté de cela, le soft fait également la part belle aux phases de plates-formes rappelant furieusement les opus 3D de la saga Prince of Persia. Gabriel n'aura ainsi pas son pareil pour s'accrocher aux corniches, gravir des murs à mains nues, ou utiliser sa croix de combat comme un grappin afin de se balancer et atteindre des endroits autrement inaccessibles. Bref, loin d'être un simple beat'em all, Lords of Shadow emprunte également à de nombreux genres pour finalement se présenter comme un savoureux mélange lorgnant même du côté de Shadow of the Collossus.

Cette partie du soft est clairement l'une des plus intéressantes. En effet, vous devrez à trois reprises vous mesurer à des adversaires titanesques, qu'il sera nécessaire d'escalader afin de toucher leurs points vitaux. D'une manière générale, les boss auront tous cet aspect impressionnant rendant les affrontements plutôt délicats à mener. Souvent divisés en plusieurs parties, ces combats se termineront par des phases de QTE donnant aux fins d'escarmouches un aspect spectaculaire et cinématographique plus qu'appréciable. Ces séquences seront même disponibles pour la plupart des adversaires de base, permettant d'une part d'abréger les combats, et d'autre part de récolter une plus grande quantité de gemmes. En outre, certains membres du bestiaires pourront êtres domptés par ce biais afin de faire office de montures par la suite. Loin d'être un gadget, cette possibilité s'avèrera être une composante essentielle du gameplay puisque certains endroits ne seront accessibles que sur le dos d'une créature bien particulière : phacochère géant, troll et araignée monstrueuse sont quelques exemples des véhicules improvisés que vous serez à même de conduire au fil de votre progression.

Victoire dans le village assiégé
Victoire dans le village assiégé

Ce qui m'amène tout logiquement à aborder la question du bestiaire présent dans les différents niveaux composant le jeu. Sur ce point, les développeurs ont allègrement puisé dans le folklore et les différentes mythologies Européennes pour concocter un casting de rêve (ou plutôt de cauchemar). Lycans, Vampires, Goules, Spectres et autres Squelettes sont autant de créatures que vous serez susceptible de rencontrer au détour d'un couloir. La plupart des ennemis auront des spécificités en faisant des adversaires redoutables. A titre d'exemple, le squelette devra, une fois vaincu, être éparpillé aux quatre coins de la salle sans quoi il se reconstituera pour vous attaquer de nouveau. D'autres ennemis plus atypiques viendront eux aussi s'inviter à la fête. On pourra citer les Chupacabras, agaçantes créatures n'ayant pas leur pareil pour vous dérober tous vos items, ne vous les restituant qu'au terme d'une course poursuite effrénée. L'accumulation de toutes ces bestioles rendra la progression particulièrement difficile par moments, tant vous ploierez sous les dizaines d'adversaires semblant réapparaitre à l'infini. C'est bien sur ce plan que LoS se montre le plus proche de ses illustres prédécesseurs : le challenge. Si le mode facile n'offrira qu'une difficulté assez abordable, les autres modes de difficulté ne manqueront pas de vous faire rapidement découvrir l'écran de game over. La durée de vie s'en trouve boostée, une longévité déjà conséquente du fait du grand nombre de niveaux. Certains devront en outre être visités plusieurs fois afin de récupérer la totalité des bonus présents dans le soft. Enfin, quelques stages cauchemardesques tant par leurs énigmes retorses que par leur level design (ah la boite à musique, tous les joueurs s'y étant essayé verront de quoi je parle!) viennent compléter le tableau pour une difficulté réellement à la hauteur des gamers les plus endurcis! Bref, si vous vous fixez pour but de terminer le titre à cent pour cent, sachez que des dizaines d'heures de jeu vous attendent!


Sanglant? Non...
Sanglant? Non...


Des phases de plates-formes omniprésentes
Des phases de plates-formes omniprésentes


Belmont VS Vampires
Belmont VS Vampires


De magnifiques extérieurs
De magnifiques extérieurs

Excellent !

Castlevania : Lords of Shadow

Au contraire de nombreuses autres séries, Castlevania peut se targuer d'avoir parfaitement négocié son arrivée sur consoles next-gen. Véritable renouveau de la série, Lords of Shadow ne laissera aucun joueur indifférent. La plupart s'extasieront devant la performance artistique et l'aspect jouissif du gameplay, tandis qu'une faible minorité pestera devant la repompe à peine voilée de titres comme Prince of Persia, God of War, ou Shadow of the Collossus. Pour ma part, je ne vous poserai qu'une seule et unique question : oserez-vous vous priver de l'un des tout meilleurs jeux de ces dix dernières années à cause de cela? En ce qui me concerne, la réponse est un non catégorique : malgré ces diverses influences, Lords of Shadow parvient avec brio à se construire sa propre identité pour le plus grand bonheur des fans de la première heure...

La note : 5/6 (Excellent !)