David Cage continue de nous mettre au centre des histoires qui l'imagine, dans un jeu vidéo au scénario fait de nombreuses ramifications.

Un jeu avec des androïdes, mais sans moutons électriques


Dans Detroit Become Human, vous allez incarner tour à tour trois androides. Oui, des robots, qui viennent aider les humains dans leur vie de tous les jours. C'est comme ça que ça se passe en 2038.

Seulement voilà, tout n'est pas aussi simple. Cette nouvelle force vive vendue à prix très accessible a fait que beaucoup d'humain ont perdu leur travail.

Les actions à réaliser s'affichent directement à l'écran.
Les actions à réaliser s'affichent directement à l'écran.

En plus de cela, certains androïdes "s'éveillent", c'est à dire qu'ils prennent conscience de leur existence, ils éprouvent des sentiments. Bref, ils se sentent vivants. Et forcément, cela ne sera pas du goût de tous, car ils peuvent alors faire la même chose que les humains : désobéir, voir devenir violents.

En résulte un discours sur la différence, l'acceptation de l'autre, etc. C'est classique, parfois un peu trop vu et rabâché. Il est clair que le scénario n'aura pas la palme de l'originalité, mais l'ensemble fonctionne bien et, surtout, on s'attache beaucoup aux personnes qui composent cette histoire aux multiples facettes.

Prendre Detroit, cette capitale de l'industrie automobile tombée en décomposition économique et sociale dans les années 1990 en fait un terreau fertile pour cet avenir pas vraiment positif...

A la fin de chaque séquence, vous pouvez voir l'arbre scénaristique... mais pas le modifier lors de votre première session de jeu.
A la fin de chaque séquence, vous pouvez voir l'arbre scénaristique... mais pas le modifier lors de votre première session de jeu.

Une grosse portée politique


David Cage, l'homme derrière Detroit Become Human, a toujours été obnubilé par les choix et la liberté d'action.

Bien loin du manichéisme d'un Fable de Peter Molineux, les jeux de Cage essaient de laisser au joueur le choix... mais pas toujours à la mode jeu vidéo, à l'image de cette partie de foot avec votre fils au début de Heavy Rain où vous devez rater les commandes à entrer à la manette sous peine de le faire pleurer.

De quoi changer les habitudes des joueurs, jusque là habitués à la performance. Detroit met donc en avant la réflexion et non la dextérité. Vos choix seront donc d'une grande importance...

La réalisation est vraiment splendide.
La réalisation est vraiment splendide.

Et c'est tant mieux si on peut mettre le jeu en pause le temps de choisir si on va brandir son arme ou tenter d'argumenter ! Un petit laxisme qui est bien pratique lorsque l'on joue à deux par exemple, histoire de se concerter sur la route à prendre, le choix à définir.

Une réalisation qui déchire tout


C'est une autre marque de fabrique de Quantic Dream : la réalisation dantesque de ses jeux.

Les premières images sur Playstation 3 de Detroit Become Human était déjà impressionnantes, la version finale sur Playstation 4 enfonce le clou.

Un soin tout particulier a été porté aux visages.
Un soin tout particulier a été porté aux visages.

Certes, on retrouve ce côté très rigide des personnages propres au jeu du studio. Mais ici, quand il s'agit d'androïdes, ça passe tout de suite beaucoup mieux. Quant aux protagonistes humains, l'ensemble reste tout à fait réaliste.

Car ce qui marque le plus, ce sont les sentiments exprimé par les gestes et les attitudes des personnages. On sent vraiment qu'un énorme travail a été effectué sur les expressions et le ressenti. Et pour un jeu dont le sujet profond est l'humanité, c'est un réel plus.

Un scénario à tiroirs


Une fois de plus, l'aventure Detroit n'est pas linéaire, loin de là. Toutefois, le jeu se déroule dans tous les cas en 31 chapitres. Mais au gré de vos choix, l'ensemble va pas mal évoluer.

En tant qu'androïd, vous pouvez bloquer le jeu et observer tranquilement les indices.
En tant qu'androïd, vous pouvez bloquer le jeu et observer tranquilement les indices.

Des protagonistes peuvent mourir, et cette histoire d'éveil des androïdes pourra revêtir bien des facettes. Autant d'embranchements qui donnent envie de recommencer le jeu.

Reste que l'arbre scénaristique n'est pas au niveau d'un Heavy Rain, où les aventures vécues pouvaient être radicalement différentes. On est ici plutôt dans un genre de mix entre Heavy Rain et Beyond Two Souls.

A chaque fin de niveau, vous voyez votre arbre scénaristique, ainsi que les ramifications que vous n'avez pas emprunté. Autant d'indicateurs forts qui vous donnent envie de tenter d'autres approches. Vous pouvez également afficher le pourcentage des joueurs qui ont fait comme vous... Alors, vous êtes si imprévisible et si anti-conformiste que cela finalement ?

Fini Detroit une fois, après, on verra


La première partie de Detroit Become Human est assez frustrante, tout comme souvent dans les jeux de David Cage. Durant cette première aventure, vous ne pourrez jamais revenir en arrière, chacun de vos choix sera définitif.

En cela, le jeu refuse son support. Parce qu'après tout, c'est quoi un jeu vidéo si on ne peut pas tout recommencer ?

Après tout, c'est un peu dans l'air du temps, comme le Legacy dans les jeux de société (vous savez, ces jeux où vous déchirez les cartes et où vous collez des autocollant histoire de saloper votre jeu et faire que tous vos choix sont définitifs).

Côté définitif, la vie réelle est déjà bien assez chiante pour que l'on n'ait pas à se coltiner cette dose de pseudo réalisme dans un jeu vidéo.

Une fois que l'on a terminé Detroit une première fois, on peut recommencer comme on veut. Surtout, on peut recommencer chaque niveau, ce qui est en gros ce que l'on aurait bien aimé voir dès les premiers pas dans l'aventure.

Tout au long du jeu on se dit "bon, quand je recommencerai en essayant ceci ou cela". Mais une fois arrivé à la fin, a-t-on vraiment envie de recommencer une histoire dont la trame reste grosso modo la même ?
Excellent !

Detroit Become Human

Detroit Become Human continue brillament le travail de David Cage et de Quantic Dream sur le jeu à scénario, sans jamais oublier une dimension politique et éthique qui reste visiblement très importante pour son auteur.

La note : 5/6 (Excellent !)