Interview de Florent Gorges, des éditions Pix'n LoveEn montant la première société d'édition totalement dédiée au retro-gaming, les Editions Pix'n Love ont depuis peu lancé un pavé dans la marre. Florent Gorges, gérant de la jeune société, nous explique en détail cette aventure.

Salut Florent. Pour commencer, peux-tu nous présenter rapidement l'équipe de Pix'n Love ?
Hé bien tout d’abord, le noyau dur de la société « éditions pix’n love » est composé de trois personnes : Marc Pétronille, Sébastien Mirc et de moi-même, Florent Gorges. Nous occupons tous les trois des tâches diverses et variées (souvent liées) car étant une toute petite structure naissante, tout reste encore à faire et il faut s’entraider. Mais d’une manière générale, Seb s’occupe plus de la partie finance, banquaire, Marc des envois et du contenu des bouquins et moi de la gestion des rédacteurs et également du contenu des collections à venir.
Sinon, pour notre mook, nous avons une petite équipe d’environ 10 personnes. Mais elle n’est pas figée car étant une maison d’édition, nous acceptons tous les talents qui ont des textes ou des idées à publier.

Comment t'es venue l'idée de monter ce projet ?
Cela fait 5 ans que je prépare différents ouvrages sur l’histoire de Nintendo et je comptais les faire publier un jour. J’ai commencé à démarcher des éditeurs qui, pour la plupart, trouvaient le contenu intéressant mais n’y voyaient aucun potentiel en terme de ventes. J’étais intimement convaincu qu’ils se trompaient. De fil en aiguilles, j’ai su que Marc (avec qui je bossais déjà pour Retro Game) avait eu des contacts avec un éditeur intéressé par le jeu vidéo mais que son projet n’avait pas abouti. Au cours de nos discussions, nous en sommes venus à parler d’éditer nous-même, en plus des bouquins « spécialisés » une sorte de magazine Retro (mais généraliste) pour aider les lecteurs à patienter entre 2 sorties de Retro Game. Nous avons alors chacun apporté nos idées et nous avons monté un petit projet que nous avons soumis à son ami éditeur (Seb). Nous l’avons rencontré et il a tout de suite été très emballé par notre concept. Il nous a cependant clairement indiqué que pour notre projet, il fallait une nouvelle entité et ne pas rester perdus dans la foule d’autres collections chez un éditeur généraliste. Bref, il nous a conseillé de monter notre propre maison d’édition, grâce à laquelle nous ne serions plus à la merci des caprices et des éditeurs. N’y connaissant rien en paperasses et démarches, il s’est proposé pour s’associer à nous et régler tous ces détails. Voilà, nous étions donc prêts à nous lancer et concrétiser ce projet un peu fou.

Alors un Mook, qu'est-ce que c'est au juste ?
En fait, nous aurons dans les prochains mois à venir de nombreux ouvrages exclusivement consacrés à certains points de l’histoire des jeux vidéo. Mais des ouvrages ultra spécialisés et pointus, ça ne se rédige pas en 2 mois ! C’est un travail de recherche très long et qui demande beaucoup d’investissement. Or, pour permettre à notre lectorat de mieux patienter entre deux gros ouvrages très pointus et de se familiariser avec nous, il nous fallait un « magazine », à parution régulière et à un prix abordable.
Or, nous savions par expérience qu’éditer un magazine quand on est une petite structure est comme de se promener avec une vieille grenade dans un sac-à-dos. J’ai alors pensé au concept du mook (Book et Magazine), une solution japonaise et qui est un excellent compromis. Il s’agissait donc pour nous de proposer des articles variés et courts dans un format et une qualité proche d’un livre. Ce système a l’avantage de nous permettre de traiter des sujets qui ne peuvent pas faire l’objet d’ouvrages entiers et de faire patienter les lecteurs entre 2 gros livres.
Certains diront que 9 euros, c’est cher. Certes, c’est plus cher qu’un magazine mais la qualité du produit n’est pas la même. Nous avons réalisé un objet qui restera dans une bibliothèque et non dans une pile d’anciens journaux. De plus, le tirage ultra-limité ne nous aide pas à obtenir de meilleurs tarifs. Mais quoi qu’il en soit, je pense que notre produit n’est pas cher. Au delà de la valeur des infos qu’il diffuse, il suffit de se rendre à la FNAC et de chercher des bouquins en format A5, tout en couleur et de notre qualité papier et de regarder les prix. Il n’y a rien en dessous de 13 ou 14 euros ! Nous ne sommes qu’1,5 euros plus cher qu’un manga et même si la comparaison est hasardeuse, il faut juste retenir que la couleur coûte très cher, que nos tirages sont bien moindre et que la qualité du papier est autrement meilleure. Bref, 9 euros pour un Pix’n Love, c’est assez bon marché ! Surtout étalé sur 3 mois...

Sans vous, qu’est devenu Retro Game ?
Nous ne sommes pas irremplaçables. H.Falcon, le big boss de Retro Game l’a également dit. Nous avons effectivement pris nos distances pour diverses raisons mais nous ne renions absolument pas les qualités de cette revue. C’était une aventure géniale pour nous et je suis sûr que Retro Game va encore vivre de très belles heures. Tellement de gens l’attendent ! La question est de savoir quand il sortira mais une chose est certaine, le mag continuera son petit bonhomme de chemin. Sans nous certes, mais les gens qui ont du talent dans ce pays ne manquent pas. Pour ma part, j’adore toujours le label retro game et j’ai hâte de lire le numéro 4.

Quelle est la ligne éditoriale ?
Elle est simple : des trivias ! Le plus possible. De la nouveauté et surprendre les lecteurs avec des anecdotes inédites sur les séries qu’ils pensent déjà connaître par coeur. Bien entendu, ce ne sera pas possible indéfiniment mais nous souhaitons également proposer des articles originaux sur des jeux, séries, créateurs inconnus. Sinon, pour les autres livres de nos collections, la seule ligne éditoriale reste la même : de la nouveauté, surprendre avec des bouquins très bien documentés. Je pense qu’on a dans nos PC de quoi faire vibrer pas mal de joueurs du monde entier. Certains retrogamers à l’étranger vont regretter de ne pas avoir appris le français au collège (rire).

Une traduction pour vos livres est prévue ?
Oui, sur le long terme, nous traduirons les livres qui nous paraissent avoir le plus gros potentiel. Pour ce qui est de la langue, on va d’abord commencer avec l’anglais et on verra ensuite...

Comment se procurer le Mook ?
Sur notre site internet, avec paypal ou par chèque ou alors sur les sites de nos boutiques partenaires (qui acceptent les cartes bancaires).

Pourquoi uniquement sur Internet ?
Nous avons une boutique à Paris qui vend déjà notre premier numéro. Mais nous sommes en pour-parlers avec plusieurs grands réseaux de distribution pour qu’à l’avenir, tout le monde puisse se procurer nos ouvrages dans les FNAC, dans les virgin etc... Sinon, il y a les salons ou les conventions. Nous serons très actifs dans les mois à venir. Certains souhaitent nous voir en kiosques mais c’est hors de question : marges trop chères des distributeurs, des revendeurs, trop d’invendus qui partent au pilon etc. Pour être en kiosques et être rentables, il nous aurait fallut, dans l’état actuel des choses, que nous soyons à 15 ou 16 euros ! Bref...

En dehors du Mook, vous avez de nombreux projets dans les cartons, peux-tu nous en dire plus ?
Hé bien le Tome 1 sur l’histoire de Nintendo est déjà bien avancé. Comme je le disais plus haut, il risque d’étonner un bon paquet de personnes qui pensaient tout savoir sur l’histoire de la firme...
Alors que la plupart des sites écrivent trois lignes sur la période qui va de la fondation de l’entreprise (1889) aux game & watch, nous en avons écrit 200 pages ! Illustré avec plus de 400 photos de jouets, jeux, documents inédits, je pense que nous pourrons marquer un grand coup et prouver aux derniers grincheux que nous ne sommes pas que des boutonneux lancés dans une énième aventure de fanzinat (rires). Sinon, on prépare avec une équipe très motivée le premier véritable dictionnaire du jeu vidéo, avec plus de 2000 termes, définitions, personnages clés de l’industrie. Un ouvrage qui nous l’espérons saura plaire aux néophytes et aux grands spécialistes. Nous faisons en sorte de plaire à tous les publics.
Sinon, la Bible NEC qui est la reprise d’un projet amateur vraiment très sympa et ensuite, pourquoi pas, Sega etc... On a de quoi faire et certaines personnes nous contactent avec des manuscrits de livres très sympas. Bref, si l’un d’entre vous se sent l’âme d’un auteur et qu’ils ont des choses à dire sur les jeux vidéo (des thèses, mémoires, témoignages, analyses, historiques), contactez-nous. Nous sommes prêts à publier des ouvrages qui seraient généralement refusés chez les éditeurs plus généralistes...

Le retro-gaming a connu un gros boom ces dernières années, selon toi, qu'est-ce que ça a changé dans le monde du jeu vidéo ?
C’est une question difficile. Ce qui me paraît le plus évident c’est que dorénavant, toutes les générations jouent aux jeux vidéo. Le retrogaming contribue à élargir ce public sans cesse grandissant. Le boom des jeux rétros permet aux anciens joueurs de se retrouver 10, 20 ou 30 ans en arrière. Mais ça permet également aux jeunes joueurs de découvrir l’histoire de ce média. Quoiqu’il en soit, ce phénomène est révélateur d’une prise de conscience générale : le jeu vidéo doit être considéré comme partie intégrante de notre patrimoine culturel. Le jeu vidéo à une histoire, une évolution fulgurante et toutes les associations qui bougent en faveur de ce mouvement l’ont bien compris depuis longtemps.

Un message de fin ?
Les éditions Pix’n Love n’en sont qu’au début de leur aventure. Nous avons besoin du soutien de tous et de vos encouragements. Le présent nous indique que nous partons dans une assez bonne direction et nous espérons pouvoir garder le cap. Quoi qu’il en soit, merci à tous ceux qui croient en nous et en notre projet.

Pour en savoir plus, réserver ou commander, c'est ici : www.editionspixnlove.fr