Chroniqué par Nicolas Gilles
Rien qu'en regardant le visuel, 11-11 Memories Retold invite à la découverte. Et quand en plus il aborde des sujets sérieux et profonds, on n'hésites plus, on le lance !Le premier jeu des créateurs de Wallace & Gromit
11-11 Memories Retold est le premier jeu de Aardman Animations, le studio aux commandes de la série Wallace & Gromit.
Il est le résultat de l'association avec DigixArt, un studio français basé à Montpellier constitué d'anciens d'Ubisoft. On leur doit Lost In Harmony. Après le jeu qui nous intéresse ici, ils feront Road 93. Un studio particulièrement talentueux !

Harry, jeune photographe canadien.
Le jeu sort en 2018, juste avant le centième anniversaire de l'armistice du 11 novembre 1918. D'où le 11-11, 11 novembre... à 11h.
Le parallèle avec Soldat Inconnu est inévitable. Mais finalement, quand on a fait les deux, ils n'ont en commun que cet objectif de devoir de mémoire. Car ils sont radicalement différents dans leur déroulement. Ah si, ils ont également autre chose en commun : vous devez y jouer !
Une patte graphique incroyable
Wallace & Gromit avait marqué avec son design en pâte à modeler. Pour son entrée dans le monde du jeu vidéo, le studio a joué la même carte de l'originalité graphique, en proposant un jeu qui semble tout droit sorti d'un tableau de Monet (qui peignait alors ses nymphéas à cette époque).

Kurt, ingénieur allemand et père de famille.
C'est impressionnant : tout semble peint à la main. Cela donne une lisibilité très limitée. Cela n'aurait absolument pas convenu à un jeu d'action, mais pour le jeu d'aventure qui nous intéresse ici, c'est parfait.
Car 11-11 Memories Retold s'attarde sur le ressenti de la Première Guerre Mondiale, pas sur le bain de sang qu'il a provoqué.
Le design adouci énormément les choses, et c'est certainement voulu. L'ensemble bouge doucement, comme si la peinture était vivante.

Vous devez régulièrement choisir entre Kurt et Harry.
Deux opposés et des chemins qui se croisent
Tout comme le 11 s'oppose au 11 dans le titre, le jeu n'est fait que d'oppositions dans son déroulement (et merde, je me met en mode "critique de jeu d'auteur", désolé).
D'un côté, on a Harry, un canadien embringué dans la guerre un peu malgré lui, histoire de flamber devant celle qui fait battre son coeur et partir faire des photos de guerre dans le sillage d'un gradé narcissique.
De l'autre, Kurt, un père allemand qui s'engage pour tenter de découvrir si Max, son fils porté disparu après avoir intégré l'armée, est toujours vivant.

C'est beau comme un tableau !
On peut choisir l'un ou l'autre, mais dans tous les cas les histoires vont tourner en parallèle, soulignant le contraste des situations, et finalement leur complémentarité.
Un fable plus qu'un devoir de mémoire
Le début du jeu nous plonge dans la guerre, pour finalement nous focaliser sur le plus important : Harry et Kurt, les deux protagonistes.
La guerre reste omniprésente, mais sert finalement de toile de fond à cette aventure avant tout humaine... mais pas seulement. Les animaux apportent cette petite touche de fantaisie qui fait lorgner l'histoire du côté du conte. Et tant pis si certaines choses paraissent incohérentes avec l'horreur de la guerre. De mon côté, cela ne m'a pas fait décrocher.

Les interactions sont simples.
Le jeu aborde des sujets très sérieux : le traumatisme de la guerre, les réactions face à la perte d'un être cher. Ce n'est pas forcément au top pour le moral, mais cela fait plaisir de voir cela dans un jeu vidéo.
Ici, pas de message moralisateur, pas de déroulement avec de gosses ficelles et de gros sabots. Juste une "belle" histoire.
Les limites de son support
11-11 Memories Retold est parfois maladroit, et loin d'être parfait. On sent bien le côté "premier jeu", même pour des vieux briscards de l'animation comme Aardman Animations ou des anciens de chez Ubisoft.

La violence des bataille est largement atténué par la patte graphique.
La difficulté est inexistante. Mais ce n'est pas là le problème, c'est juste que certaines fois, on a une caisse à pousser pour libérer le passage. Genre "tiens, histoire d'avoir un peu d'interactions on va poser ça là".
De plus, certains échanges sont bizarres, car ils ne collent pas avec le scénario ou la situation. Même chose pour les puzzles, à la fois très simples et et très inutiles. Heureusement, ils sont très peu nombreux.
Au gré des niveaux, on peut trouver des notes, qui débloquent des documents historiques (principalement des photos), avec une courte explication. Quel dommage qu'il faille trouver le groupe de deux ou trois (voir quatre) documents pour pouvoir en profiter !

Devinez où l'on est ?
Le jeu se termine quatre ou cinq heures. C'est assez court, mais c'est vraiment immersif, et le dernier chapitre se parcours sans coupure tant on a envie d'en connaître la fin.
A ce sujet, le jeu propose plusieurs fins, tous les choix se faisant dans les derniers moments. Une fois de plus, cela semble maladroit, j'aurai préféré avoir le dénouement imaginé par les développeurs plutôt que quatre ou cinq fins possibles en fonction de choix de dernière minute.
Mais je pinaille.

Magnifique. Oui, je me répète.

Quel dommage que ces informations ne soient pas débloquées plus facilement !






