Wonderful World vous propose de prendre la tête d’empires modernes. Serez-vous assez bon pour générer la production la plus efficace ?

Un modèle de projet Kickstarter


J’avoue que ce sujet de la productivité ne m’a vraiment pas attiré. Mais comme j’avais beaucoup aimé Neta Tanka, j’ai regardé plus en détail ce que donnait ce Wonderful World. Grand bien m’en a pris !

Dès le lancement du Kickstarter du nouveau jeu de La Boîte de Jeu, j’ai donc craqué le slip.

Et je n’ai pas été le seul : 4 591 contributeurs ont généré 290 307 €. Un superbe score vu le type de jeu proposé (non, ici, pas une seule figurine en plastique). Mais venant de la part de La Boîte de Jeu, cela n’est pas étonnant, car une fois de plus, on a eu une démonstration de ce qu’il faut faire sur Kickstarter.

Enfin, la chose peut être la plus exceptionnelle qui puisse être mentionnée là où les projets Kickstarter accumulent quasiment immanquablement les retards, c’est que le jeu a été livré en décembre 2019 alors qu’il était annoncé pour février 2020 !

Le plateau de jeu, esthétique et pratique.
Le plateau de jeu, esthétique et pratique.

Quelles différences entre la version commerciale et la version Kickstarter de Wonderful World ?


Par rapport à la version que l’on trouve dans le commerce, la version Kickstarter de Wonderful World propose des petits saladiers qui permettent de placer les cubes de couleur sur le plateau de jeu. Un petit ajout particulièrement ergonomique et pratique.

Mais le plus important, c’est la version Heritage de Wonderful World, qui inclus deux campagnes de type Legacy (j’y reviens un peu plus bas).

Cette boite, vendue beaucoup plus cher (58 € contre 35 € pour la version de base, cela fait très cher pour un jeu de ce type) est pourtant proposée à un prix parfaitement justifié tant les ajouts me semblent indispensables pour prolonger l’intérêt du jeu et aller plus loin dans ses mécaniques.

La boite est monumentale, de la taille de celle d’un Zombicide. Pourtant, on est face à un jeu de cubes en bois ! Enfin, en plastique, mais bon.

Il aurait peut être été plus ergonomique de proposer deux boites : une boite pour le jeu de base, ce qui facilite son transport, et une autre pour les campagnes. Mais bon, je chipote là.

Quelques cartes que vous pouvez être amené à construire.
Quelques cartes que vous pouvez être amené à construire.

Un Splendor en plus complexe


Wonderful World est un jeu de construction de moteur, un peu comme le génial Splendor. Comprenez par là qu’à votre tour, vous allez jouer des cartes qui vont vous permettre d’améliorer votre production de ressources lors des tours suivants.

Le jeu se déroule en trois phases : draft, planification et production.

Lors de la phase de draft, chaque joueur a sept cartes en main. Il en choisit une qu’il place devant lui, dans sa zone de draft, puis passe les cartes restantes au joueur à côté de lui. Une fois que tout le monde a sept cartes dans sa zone de draft, on passe à l’étape suivante.

Lors de la phase de planification, vous aurez deux choix à effectuer pour chacune des cartes de votre zone de draft :
Les poser dans votre zone de construction, afin qu’elles accueillent des cubes qui permettront de les construire
Les recycler : en les défaussant, vous bénéficiez d’un cube de la couleur spécifiée en bas à droite de la carte, que vous pouvez alors poser sur une des cartes déjà en place dans votre zone de construction.

Vient enfin la phase de production, où vous allez récolter autant de cubes de couleur que ceux de vos cartes construites (ainsi que sur votre carte de départ). Mais attention : la production des cinq types de cubes se fait dans un ordre précis !

En fin de partie, vous aurez construit pas mal de cartes.
En fin de partie, vous aurez construit pas mal de cartes.

Et tout cela pendant quatre tours. Une fois terminé, on compte les points sur les cartes et les jetons.

Une perle


Lors des premières parties, on se triture les méninges : pas facile de planifier l’utilisation de sept cartes ! Et pourtant, après deux ou trois parties, le jeu tourne merveilleusement bien et propose juste ce qu’il faut de réflexion pour ne pas donner mal à la tête.

On finit par connaître les cartes et faire évoluer ses stratégies : va-t-on la jouer médecine ? finances ou les fameux cubes bleus totalement fantasques ? Forcément, s’il faudra privilégier une stratégie par rapport aux autres, il ne sera pas forcément judicieux de se spécialiser à outrance.

Pour les premières parties, vos cartes personnelles vont orienter votre stratégie. Cela facilite les premiers pas dans le jeu. Mais une fois que l’on a l’habitude de jouer, il est intéressant d’utiliser l’autre face des cartes afin que tous les joueurs commencent à égalité en produisant les mêmes choses.

Toute la finesse de Wonderful World - et son énorme différence avec Splendor - outre le draft, c’est qu’il vous demande d’anticiper la production de votre petits cubes de couleur. Car cette production se fait dans un ordre précis. Autant dire qu’il sera judicieux de faire comboter vos constructions pour pouvoir construire toujours plus !

Pour construire une carte, vous devrez utiliser des cubes que vous aurez produit. Au passage, admirez le sujet de la carte exclusive Kickstarter !
Pour construire une carte, vous devrez utiliser des cubes que vous aurez produit. Au passage, admirez le sujet de la carte exclusive Kickstarter !

Et même à deux, cela fonctionne parfaitement bien ! La règle est exactement la même, sauf pour le draft : on n’a plus sept mais dix cartes. Un petit changement de rien du tout qui permet de parfaitement adapter le jeu pour un tête à tête.

Un thème finalement pas si absent


Quand on repense à Splendor, on se dit que le thème, eh bien on s’en fout un peu. Mais ce n’est finalement pas le cas avec Wonderful World. Et cela pour plusieurs raisons.

La première, c’est que les illustrations sont vraiment réussies, imagées et fourmillantes de détails. Bref, entre deux tours, on se plaît à les détailler à loisirs, histoire de trouver quelques détails sympathiques et croustillants. De plus, les cartes sont très nombreuses et variées.

La seconde, c’est que les scénarios proposés par la partie Heritage de Wonderful World vont vous raconter une histoire. Autant dire que les illustrations viendront appuyer le petit paragraphe de texte introductif de façon particulièrement pertinente.

Heritage : un legacy intelligent


Heritage correspond à deux campagnes distinctes à mener : Guerre ou Paix et Loisirs et Décadence. Le premier est disponible en extension dans le commerce chez votre crémier habituel tandis que le second est une exclusivité Kickstarter.

La campagne exclusive Kickstarter : plein de surprises !
La campagne exclusive Kickstarter : plein de surprises !

Ces campagnes vous proposent donc du legacy. Mais c’est quoi au juste ? Popularisé par des jeux comme Pandemic Legacy, cela consiste à prendre un jeu, le scénariser et, surtout, le faire évoluer d’une partie à l’autre.

Dans un Legacy, vous avez donc plein d’enveloppes et de boîtes que vous ne pouvez ouvrir que lorsque l’on vous dit de le faire. Mais surtout, vous salopez votre matériel : vous déchirez les cartes, collez des autocollants sur le plateau de jeu, etc. Bref, une fois la campagne terminée, votre jeu est bon pour la poubelle.

Wonderful World n’est pas un Legacy, car il ne vous demandera JAMAIS d'abîmer le matériel de votre jeu. Ainsi, une fois que vous aurez terminé une campagne, vous n’aurez qu’à trier les cartes pour permettre d’y rejouer avec exactement les mêmes sensations.

Intelligent non ?

Des campagnes qui prolongent l’intérêt du jeu


Wonderful World propose donc un Legacy sans en souffrir les défauts.

Le rangement de la boite Heritage de Wonderful World, très pratique.
Le rangement de la boite Heritage de Wonderful World, très pratique.

Car l’implication des joueurs est tout aussi bonne. Certes, le côté scénario est très limité, mais ce sont surtout les évolutions et autres itérations de jeu qui sont intéressantes à jouer.

Chaque campagne (qui se compose elle-même de six chapitres) va ainsi moduler le jeu, proposer des petites (et parfois grosses) extensions que vous pourrez réutiliser plus tard dans vos parties classiques.

On prend beaucoup de plaisir à découvrir chaque scénario (ouvrir chaque enveloppe, découvrir le contenu de chaque boîte) et ce qu’il va pouvoir proposer de nouveau dans les mécaniques de jeu. Cela permet d’apporter un peu plus de profondeur et de complexité à l’ensemble.

Bref, c’est un vrai régal.

Un jeu qui s’inscrit dans son époque


A une époque où il faut faire attention à tout ce que l’on dit et l’on écrit de peur de heurter la sensibilité de certains qui se mettraient à hurler aux petits pois sur les réseaux sociaux, Wonderful World fait le pari de casser les codes… Tout en les respectant d’une certaine façon.

La couverture est un modèle de contre pied : ici, le militaire est une femme tandis que l’homme d’affaires est un homme. On sent bien que la notion d’égalité des sexes a clairement été prise en compte dans la direction artistique. Pas d’hyper sexualisation, mais des visages clairement déterminés, à l’image des nations qu’ils représentent.

Car Wonderful World fait quelque chose de très rare dans le jeu de société : il critique. Certes, c’est très limité, et ce n’est visiblement absolument pas le but du jeu. Mais le résultat est là, et invite le joueur à se questionner sur ses actes, ses loisirs et la productivité du travail d’une société idéale.

C’est en tout cas le cas pour les scénarios de la partie Heritage de Wonderful World. Certes, c’est très manichéen, mais le fait est assez rare pour être mentionné, non ?

De même, proposer un Legacy sans bousiller le matériel - et donc créer des déchets inutiles et des jeux auxquels ont ne peut plus jouer - cela me fait profondément plaisir.


It's A Wonderful World, un jeu pour 1-5 joueurs de Frédéric Guérard, illustré par Anthony Wolff, édité par La Boite de Jeu pour des parties d'environ 30-60min.
Age conseillé : 14+.
culte, indispensable !

It's A Wonderful World

Wonderful World est clairement l’un de mes coups de coeur de l’année 2019. Il propose une mécanique qui rappelle Splendor sans jamais le plagier, tout en proposant une plus grande complexité. De plus, ses extensions de type campagne viennent rallonger la durée de vie et donner envie d’y rejouer, encore et encore.

La note : 6/6 (culte, indispensable !)