Chroniqué par Nicolas Gilles
Rising 5 propose de dépoussiérer le principe du Mastermind en lui ajoutant une couche coopérative. C’est malheureusement raté.
Encore un Kickstarter
Les sites de financement participatif - Kickstarter étant le principal - sont souvent très utiles pour des sociétés qui se lancent de pouvoir proposer rapidement un premier produit.
C’est le cas de Holy Grail et de son premier jeu, Rising 5.
Et pour un premier jeu, on a réuni pas mal de beau monde autour du jeu.
A l’inspiration, on a Gary Kim et Evan Song. Le premier est surtout connu pour des jeux de cartes très stratégiques comme Koryo ou Choson tandis que le second est beaucoup moins connu visiblement.

Le plateau de jeu de Rising 5.
Aux pinceaux, on reconnaît la patte de Vincent Dutrait, avec son style classique que j’affectionne tout particulièrement. Certains lui trouvent un côté un peu vieillot, mais c’est au contraire ce qui me plait.
Dans ses illustrations, le jeu fourmille d’inspiration des années 70, 80 et 90, autant dire que le quarentenaire que je suis est pile poil dans la cible !
Rising 5 boîte bleue ou boîte rouge ?
On trouve deux versions de Rising 5, une avec une boite rouge, et l’autre avec une boite bleue.
Pour un peu on se croirait dans Pokémon.
La boite rouge, c’est tout simplement la version Kickstarter tandis que la boite bleue correspond à la version que l’on trouve dans le commerce.

Détail du plateau de jeu : c'est joli !
Bien entendu, la boîte rouge propose beaucoup de contenu complémentaire. Le jeu qui m’a déçu ici est la boîte bleue, peut-être que la version rouge propose assez de diversité supplémentaire pour donner un regain d’intérêt aux parties ?
Un jeu avec une application
Le gros point particulier de Rising 5, c’est qu’il utilise une application mobile. Et personnellement, même si je suis fan de jeu vidéo, je déteste les jeux qui mélangent les genres.
Tout simplement parce que mon objectif est radicalement différent quand je joue à un jeu vidéo et à un jeu de société. Le jeu de société, c’est être ensemble, mais c’est également profiter d’un matériel sympathique et, surtout, à une époque du “tout dématérialisé”, de revenir un peu au matos et à sa manipulation.
Mon argument principal, c’est que lorsque mes filles seront grandes, il y a fort peu de chances pour que je puisse jouer avec elles à un jeu hybride de ce genre, l’application sera morte depuis belle lurettes et mon jeu sera bon pour la poubelle.
Mais pas Rising 5 ! Heureusement, les auteurs ont imaginé une façon de jouer avec un maître du jeu, comme dans le Mastermind. Mais cela devient donc un jeu asymétrique, puisqu’un joueur doit se coltiner la gestion de l’énigme. Pas très sexy comme position. On comprend donc l’intérêt d’une application mobile, mais cela ne suffit pas.

Le thermoformage est fonctionnel.
Un Mastermind coopératif
Rising 5 se joue de 1 à 5 joueurs, qui devront coopérer afin de sceller un portail qui empêchera d’affreux monstres de pénétrer sur la planète Astéros.
Le but des joueurs est de sceller des portails et de trouver, par déduction, les bonnes combinaisons de runes qui permettront de boucler définitivement le risque de voir arriver ses horreurs dans votre univers.
Toutefois, le jeu ne se limite pas à la déduction. Il ajoute également une couche de coopération avant de pouvoir lancer la phase de déduction.
Dans la phase coopérative, les joueurs jouent des cartes pour jouer l’un des cinq personnages présents sur le jeu. En fonction du nombre de cartes qu’ils jouent, ils pourront effectuer différentes actions avec le joueur.
Ainsi, on ne contrôle pas un joueur en particulier, ce qui est assez original et appréciable. Chaque personnage ayant une capacité spéciale, cela ajoute un peu de stratégie et de variété à l’ensemble et force les joueurs à bien se coordonner.

L'arrière de la boite.
Le but est de sceller 4 portails, mais pour ce faire, il va falloir se battre. Et là, on lance un dé, et on réduit le hasard en ajoutant des cartes, proposées par tous les joueurs autour de la table.
Une fois que l’on a scellé les 4 petits portails présents au dessous du jeu, on peut passer à la phase suivante : la déduction.
On scanne alors les runes après avoir lancé l’application. Le tout fonctionne bien, et on peut se focaliser sur la déduction sans avoir de problème technique.
Et ensuite ? On recommence et on revient à la phase coopérative.
Et c’est là que c’est un peu artificiel et redondant.
Un principe redondant pour une tablette ?
Tout au long de mes quelques parties de Rising 5, je n’ai pas pu m’enlever de l’esprit que ce que l’on faisait sur le plateau - se déplacer, se battre et sceller des portails - ne servaient qu’à meubler entre deux parties de réflexion sur l’application mobile.
Un peu comme dans La Pierre de Sang, un jeu de société de mon enfance, où on jetait des dés pour finalement arriver face à un artefact dans lequel il fallait planter une épée et prier pour espérer que ce soit la cache de la Pierre de Sang.
Dans Rising 5 bien entendu, il n’y a pas cette part de chance. Mais le ressenti est finalement le même : on meuble pour finalement se concentrer sur la partie finale.
Et tant pis pour le thème qui ne ressort absolument pas.
Rising 5 : Runes of Asteros, un jeu pour 1-5 joueurs de Gary Kim, illustré par Vincent Dutrait, édité par Mandoo Games pour des parties d'environ 45min.
Age conseillé : 12+.






