Chroniqué par Nicolas Gilles
Ah, les jardins zens japonais, un savoir-vivre visuellement magnifique travaillé depuis des centaines d’années… Saurez-vous utiliser au mieux le jardin pour faire plaisir aux nobles et devenir l’architecte le plus en vue ?
Tang Garden : l’archétype du Kickstarter
Tang Garden a été lancé sur Kickstarter en juillet 2018, et a affiché un chouette succès : 10 923 contributeurs ont engagé 863 562 € pour soutenir ce projet. On n’atteint pas le million d’euros de chiffres d’affaires, mais la barre des 10 000 bakers est passée.
Chose assez étonnante, surtout pour un jeu avec un tel matériel, la boîte de base que l’on trouve dans le commerce et la version Kickstarter son exactement les mêmes, en dehors d’un ou deux goodies (notamment l’irremplaçable jeton premier joueur en fer si typique des projets de crowdfunding).
Les stretch goals sont rassemblés dans une autre boîte d’extension et propose pas mal de choses qui permettent de varier les plaisirs de jeu et de rallonger la durée de vie, avec notamment un système de mission / scénarios qui changeront votre façon de jouer. De vrai ajouts, utiles et intéressant, là où beaucoup de projets ne font que de la poudre aux yeux.
Mais il y avait également la version Deluxe. En fait, cette dernière propose une extension exclusive qui se nomme Ghost Stories. Mais ça, on y reviendra dans un autre article.

L'un des plus beaux plateaux de jeu de société que j'ai pu voir.
Un matériel splendide… mais pas de partout
Les photos sont alléchantes, on a vraiment entre les mains un jeu qui laisse couler nos bas instincts de joueurs invétérés, fétichistes du matériel en carton.
Et là, on est particulièrement servis ! Le fait de disposer d’un plateau de jeu qui se construit peu à peu, à chaque tour des joueurs, est particulièrement agréable à jouer et à voir évoluer.
Mais il y a un couac. Les seuls éléments en plastique sont les figurines. Et là, elles sont très moches, à des années lumière des rendus 3D que nous promettait la page Kickstarter de Tang Garden.
Certes, le plastique manque énormément de finesse, mais les personnages sont plutôt petits, et au final le raté est limité.
Bon, maintenant, c’est majoritairement très chouette, mais on va peut-être y jouer maintenant, non ?

Tout est dans le détail. Magnifique.
Tour de jeu
A son tour, le joueur a deux choix :
Construire son jardin
Il pioche alors une tuile parmi les quatre piles disponibles, correspondant à différentes types de terrains qui peuvent en sortir. Il doit ensuite la placer. C’est alors l’occasion de faire des combos et de faire monter ses niveaux (terre, eau, nature) qui lui permettront de placer son personnage noble et en prendre un autre.
Comme dit plus haut, les nobles permettent tantôt de marquer des points, tantôt de vous octroyer un pouvoir spécial… tantôt les deux.
Placer une décoration
Il pioche alors un certain nombre de cartes “décoration” (en fonction du nombre de tuiles disponibles) pour n’en garder qu’une seule. Mais attention, pour la placer, il faut qu'une icône soit disponible sur les tuiles du jeu !
Vous placez alors la décoration sur le plateau et gardez la carte pour spécifier que c’est vous qui avez placé cette décoration. Les décorations vous permettent de marquer des points en fin de partie en faisant des suites (plusieurs décorations identiques) ou des séries (plusieurs décorations différentes d’un type défini).

Au début de la partie, il n'y a pratiquement rien.
Visuellement magnifique… mais ?
Une fois la partie terminée, c’est un vrai régal que de regarder la table de jeu. Le plateau foisonne d’éléments, avec une belle hauteur et des couleurs chatoyantes.
Les esthètes seront aux anges, c’est une certitude. Mais les joueurs, eux ? Il faut avouer que lors des premières parties, ils risquent d’être un poil perdus. En effet, il n’est pas forcément évident de s’y retrouver face à ce foisonnement visuel et ses décors tout en 3D.
Mais cela contribue clairement au plaisir de jeu, alors cela vaut bien le coup de se pencher un peu en avant, non ?
Non, Tang Garden n’est pas uniquement beau
Entre une lisibilité qui demande un minimum d’attention et un jeu qui camoufle sa médiocrité derrière de magnifiques atours, il n’y a qu’un pas que certains joueurs ont sauté.
De mon côté, je ne suis absolument pas d’accord. Pour moi, Tang Garden est un bon jeu. Certes, sans son matériel hors norme, il serait beaucoup moins plaisant à jouer, mais il resterait un bon jeu. Le plaisir des yeux contribue donc clairement au plaisir de jeu, mais pas seulement, fort heureusement.

Peu à peu, les joueurs vont construire le plateau.
Simplement, le jeu demande quelques parties avant de pouvoir l’apprivoiser. Non pas qu’il soit complexe, mais les règles ne sont pas un modèle de clarté et ses mécaniques, quoique plutôt simples, demandent une petite expérience de jeu pour différencier les modalités qui permettent de marquer des points.
En gros, on a deux façons de scorer : en plaçant des décorations sur les tuiles et en plaçant des nobles sur les tuiles ou les décorations. Dans chaque cas, c’est votre observation, et bien souvent votre sens de l’opportunisme qui prévaudront.
Et pour gérer tout cela, votre arme sera la pose de tuiles. La mécanique de pose de tuiles de Tang Garden n’est qu’un moyen et non un but, et c’est en cela qu’il demande deux ou trois parties avant de pouvoir l’aborder. En tout cas, c’est ce qu’il m’a fallu à moi.

Le thermoformage est bien pensé.

Les figurines sont plutôt moches.

L'arrière de la boite de Tang Garden.
Tang Garden, un jeu pour 1-4 joueurs de Francesco Testini et Pierluca Zizzi, illustré par Matthew Mizak, édité par ThunderGryph Games pour des parties d'environ 40-60min.
Age conseillé : 14+.







