Chroniqué par Nicolas Gilles
Il est difficile de parler de certains jeux. 1000xRESIST en fait clairement partie. Promis, je ne spoilerai pas.Un premier jeu magistral
1000xRESIST (prononcez "ten thousand times resist") est le premier jeu de Sunset Visitor, un développeur basé à Vancouver au Canada, et composé de nombreux membres asiatiques, ce qui donne au titre un côté tantôt très japonais, tantôt très chinois.
Le jeu se déroule 1000 ans dans le futur, et dépeint une société composée de clones humains qui vénèrent Allmother, une sorte de dieu qui a sauvé l'humanité de l'extinction après qu'une épidémie ait frappé l'ensemble du globe.

Mais tout n'est pas si simple.
C'est le bordel dans ta tête
Si vous voulez absolument coller une étiquette à 1000xRESIST, on va dire que c'est un jeu narratif.
Au niveau du gameplay pur et dur, c'est simple, voir simpliste : on ne fait que se déplacer et discuter. Absolument RIEN de plus. Vous pensez que c'est limité ? C'est là que le jeu devient magistral : c'est son propos, pas son gameplay qui prime.

À ce sujet, le jeu n'est pas disponible en français. Seulement en anglais. Il y a énormément de choses à lire, et le niveau est assez soutenu. Cela vaut le coup, mais vous êtes prévenu.
Non, là où 1000xRESIST fait des merveilles, c'est au niveau de sa narration. Il faut toutefois y mettre du sien. Durant les premiers chapitres, je n'ai pas compris grand-chose. Pourtant, j'ai bien aimé. On comprend bien que l'on arrive un peu n'importe où dans l'histoire, et qu'il va falloir un peu de temps pour comprendre l'ensemble. Mais cela se suit très bien, et c'est plutôt agréable.
Peu à peu, les pièces du puzzle s'emboitent. Et là, c'est une collection de tartes dans ta gueule de gamer.

Traumas et points de vues
La narration est magistrale, car elle arrive à nous manipuler. Tout est une question de point de vue, et peu à peu, au gré des découvertes, notre point de vue évolue, pour parfois changer radicalement.
1000xRESIST alterne entre les visions personnelles et la vision de la société. Et forcément, il est question de manipulation. Une démonstration ultra-maîtrisée et un jeu qui fait profondément réfléchir, pour peu que l'on ait le courage de plonger dedans. Car c'est tout de même régulièrement très cryptique... même si la fin de l'aventure explique tout, il faut tout de même prendre la peine de réfléchir et de bien suivre l'aventure pour emboiter les pièces du puzzle.
Le jeu aborde un sacré paquet de thèmes complexes et peu croisés dans le jeu vidéo et puise son intrigue dans de nombreux traumas récents, à commencer par le covid, ou encore les manifestations à Hong Kong.

Les dix chapitres demandent une douzaine d'heures pour en voir le bout. Du côté des trucs un peu chiants, on a des passages où il faut chercher plein de trucs dans des niveaux labyrinthiques. Résultat : on tourne souvent un peu en rond. Mais on lui pardonne tellement facilement.
esthétiquement parfait
L'autre réussite de 1000xRESIST, c'est son esthétisme. Vu comme ça, c'est du manga un peu arty, mais régulièrement, on a envie de faire des copies d'écran tant certaines scènes sont parfaitement cadrées, où les jeux de lumières complexes demandent juste à être contemplées.
Des copies d'écran que je n'aurais pas de mal à voir encadrée sur le mur de mon salon. Et ça, ça ne m'arrive pas souvent.












