Il y a des jeux que l'on n'ose pas lancer, de peur se faire mal, tant les sujets abordés sont difficiles.

Un jeu pas banal


Le studio français The Pixel Hunt n'a jamais fait des jeux classiques. A chaque fois, on a des choses qui tiennent plus de l'expérience plutôt que du jeu vidéo en lui-même.

The Wreck est le troisième jeu du studio, après un Enterre-moi mon amour qui a marqué à sa sortie, et un Inua: A Story in Ice and Time tout aussi fort dans son propos.


Le jeu sort sur PC, mais est rapidement adapté sur tous les supports qui lui sont contemporains : Xbox, PS4, PS5 et même Switch afin de tenter de toucher le grand public.

Maladie, relations toxiques, deuil... que de joyeusetés


Dans The Wreck, vous marchez dans les pas de Junon, une scénariste qui se rend à l'hôpital où vient d'entrer sa mère, victime d'un accident vasculaire. Sans la prévenir, sa chère maman l'a inscrite comme responsable de la décision à prendre s'il lui arrivait quelque chose de ce genre : laisser faire, la débrancher, tout tenter ?

Pour Junon, ce n'est qu'un traumatisme supplémentaire.


Tout le sel du jeu, c'est de comprendre ce qui est arrivé, ce qui s'est passé, et pas seulement pour Marie, la mère de Junon.

Le jeu est bien entendu disponible en français, mais dans le texte uniquement, les voix étant en anglais... mais avec un accent anglais à couper au couteau. Pour donner un petit côté "french touch" ? Certainement.

Ensuite, le jeu joue sur les souvenirs de Junon, avec le côté petits détails qui permettent d'en découvrir d'autres. On navigue donc dans des scènes fixes, avançant et reculant ce qui se présente comme une bande fixe, un peu comme un film sur lequel on aurait mis "pause". C'est original et ça fonctionne bien.


Et des idées comme ça, le jeu en fourmille. Comme cet écran de pause où le scénario est en train de s'écrire sous nos yeux. Bref, c'est un vivier à idées, un titre qui ose plein de trucs, tout en restant cohérant.

The Wreck propose donc une aventure immersive plutôt qu'un jeu vidéo à part entière. Il utilise parfaitement bien son support sa grammaire, tout en proposant une écriture fine et maîtrisée. Et pourtant, le sujet était sacrément casse-gueule ! Mais jamais le jeu ne se prend les pieds dans le tapis, il fait régulièrement mouche et, surtout, il ne sort jamais les violons. Vous savez, ceux qui vous font chialer comme pas possible.

Un jeu d'auteur n'est pas un film d'auteur


The Wreck est resté un bon bout de temps installé sur ma Steam Deck avant que je n'ose le lancer. Vu les sujets abordés par le jeu, je n'avais pas forcément envie de me faire mal.


Au final, les sujets abordés sont peut-être très difficiles, le jeu nous prévient d'ailleurs dès le début : relations toxiques, la parentalité, la mort. Autant dire qu'il faut avoir le moral pour avoir envie de le lancer.

The Wreck fait beaucoup référence au cinéma. Dans son propos, mais également dans sa forme. Sauf qu'un jeu d'auteur n'est pas accueilli de la même façon qu'un film d'auteur.

Au cinéma, on a des machines à Oscar. Un cahier des charges relativement simple : il faut faire mal, et appuyer là où on douille le plus. Les Invasions Barbares, Alabama Monroe, des films durs, souvent gratuits pour le premier, finement écrit pour le second. Mais putain, dans les deux cas, quel soulagement de voir le générique de fin, histoire de pouvoir reprendre une vie normale !


Souvent, ces films sont salués par la critique, ce qui incite les gens à aller les voir en salle.

Cela a fait la moitié pour The Wreck : il a été unanimement salué par la critique, et pas seulement de ces fans hardcore du jeu comme œuvre d'art pouvant aborder des sujets sérieux. En revanche, les ventes n'ont pas décollé. Mais alors pas du tout.

Le jeu vidéo étant considéré comme un support de divertissement, beaucoup plus que le cinéma, The Wreck prenait énormément de risques.


Dur, mais pas insoutenable


J'avais peur de finir régulièrement en pleurs devant ma console. Cela n'a pas été le cas. Suis-je un monstre ? Non, c'est simplement que ce n'est pas l'objectif du jeu.

The Wreck est rarement gratuit dans son propos, et ne tombe jamais dans la facilité.

Dire qu'il ne m'a pas fait pleurer ne veut pas dire qu'il ne m'a pas touché. Au contraire, en n'essayant pas de me faire pleurer, et au contraire en m'expliquant le comportement des quelques protagonistes qu'il met en scène, The Wreck m'a intégré à son aventure, sans essayer de me faire mal, et ce malgré un propos bien déprimant.


Je ne me suis jamais vraiment identifié aux personnages. Leur vie est trop différente de la mienne. Cela ne veut pas non plus dire que je n'en avais rien à foutre. Mais cette distance a été salutaire pour comprendre les choses et ne pas me les prendre en pleine gueule.

Bien entendu, The Wreck peut faire se questionner sur sa vie, mais on peut également le prendre comme une histoire poignante, durant les cinq heures qu'il demande pour en voir le bout.

The Wreck sur Steam Deck


Il n'y a pas de mention de compatibilité avec le jeu, une preuve de plus de sa sortie passée injustement inaperçue. Il fonctionne nickel, simplement, j'ai modifié la configuration de la manette afin d'activer la souris sur le trackpad, que j'ai trouvé plus pratique que la gestion à la manette. Mais c'est un détail.
Excellent !

The Wreck

The Wreck est excellent. Il sait faire le funambule entre des sujets difficiles et une narration casse-gueule, le tout en proposant un scénario qui s'imbrique petit à petit. C'est éprouvant, mais moins que je ne le pensais.

La note : 5/6 (Excellent !)